L’enseignement: mon rêve versus la réalité

Je vous vois déjà dire « Ah non! Pas encore une enseignante qui va se plaindre de son métier, mais qui ne fait rien pour changer son sort ».  Et bien je vous rassure, chères lectrices, je ne me plaindrai pas.  Ceci est un article qui sera basé sur des faits observables que j’ai moi-même vécus et qui m’ont poussée à réorienter ma carrière après seulement 4 années d’enseignement dans une école secondaire des plus normales.

Je veux également mentionner que mon employeur, mes collègues et tous les gens du milieu n’ont rien à voir avec ma décision.  Au contraire, je les amènerais bien avec moi!

Le contexte

Tout d’abord, il faut savoir que je suis dans une partie de ma vie remplie d’incertitudes et de remises en question.  Ayant accouché d’une petite fille il y a maintenant 8 mois, la vie en congé de maternité m’a amenée à faire plusieurs réflexions (entre 2 biberons la nuit, you know).  Plus mon congé avançait, plus je me rendais compte que mon travail ne me manquait pas.  Non, pas que j’adore être à la maison, mais je réalisais tranquillement que je m’ennuyais des gens, mais pas de la tâche… ça a été l’élément déclencheur.

Mon choix : mes aspirations et la vraie vie

Quand vient le temps de choisir un métier, on essaie de mettre tout ce qu’on apprécie faire dans un panier et de trouver ce qui nous permet d’en faire le plus possible. J’ai donc pensé à ce que j’aimais : créer, le contact avec les gens et les jeunes, et je voulais bien sûr un travail qui allait me permettre d’avoir une belle qualité de vie ; je voulais avoir une famille.  L’enseignement semblait pouvoir me permettre tout cela.  Sur le plancher des vaches, ça a été une autre chose.

Premièrement, du temps pour créer du matériel, tu en as TRÈS peu.  Pourquoi? Parce que la tâche d’un enseignant grossit sans cesse (courriels à répondre, correction, comités, réunions, appels aux parents, rencontres avec les élèves, suivis avec les spécialistes…) De plus, nous n’avons pas le support complet dont nous aurions besoin pour bien répondre à toutes les particularités des élèves.  Comme vous le savez, les classes « régulières » intègrent maintenant les enfants ayant des TSA, des TDAH médicamenté ou non, et tout autre problématique qui fait que, comme de fait, la classe ne fonctionne pas « régulièrement ».  Les examens/exercices commencent souvent 10-15 minutes plus tard pour certains élèves qui ont besoin d’un ordinateur car je dois les aider à se brancher, insérer les clés USB (préalablement préparées par moi, quand t’en as 25 à faire, je peux te dire que ça te gruge une période libre!), ensuite je dois souvent arrêter la classe pour repartir d’un certain point qui a manqué à un élève qui a plus de difficulté à suivre, donc celui qui a compris se met à déranger, je dois donc l’avertir, mais là celui à qui j’expliquais a perdu le fil, je dois recommencer…Vous voyez sûrement le genre? Les élèves et moi payons pour ce manque de professionnels pour nous épauler (soit dit en passant, ceux qui sont là sont sur la « coche » pis pas à peu près, parce qu’eux non plus n’en ont pas de reste). 

Aussi, depuis la venue des courriels, les parents peuvent communiquer plus facilement avec nous, ce qui est super dans certains cas, et dans d’autres, moins.  Vous pouvez deviner que c’est souvent plus facile de prendre un clavier et d’écrire que de parler de vive voix à quelqu’un… La gestion des courriels vient donc prendre une partie importante de ma tâche à accomplir, tant au niveau moral qu’au niveau du temps…ce qui fait que j’en ai encore moins pour créer, corriger, rencontrer des élèves…Mais ça reste que ce sont tout de même des tâches que j’ai à accomplir, donc je les fais quand ? Le soir, les fins de semaine. OUI, je le savais en m’embarquant dans l’enseignement, mais vraiment, passer TOUS mes soirs dans mes livres plus une journée la fin de semaine? C’est intense.

La société va me dire que j’ai mon été de congé… Bien oui! Mais si les dix autres mois sont aussi difficiles et éprouvants, mon été de congé, je m’en fiche pas mal. Et je suis pas mal certaine qu’en cumulant toutes les heures passées durant mes temps « libres » de l’année, on n’arrive à plus de minutes que ce qui m’est octroyé en « vacances l’été » parce que non, nous ne sommes pas payés.  Notre paie est seulement échelonnée sur 12 mois, mais nous avons un salaire pour 10 mois de travail approximativement.  By the way, ça fait aussi partie des raisons de TOUJOURS se faire dévaloriser par les gens…ça devient lourd à la longue. 

Me, Myself and I

En regardant tout cela d’un œil objectif, je n’avais pas envie de retourner là-dedans. Certes, ce métier apporte aussi du positif ! Le but de l’article n’étant pas d’énumérer les raisons qui auraient fait que je demeure enseignante, je ne me lance pas là-dedans. J’ai décidé de penser à moi, à ma fille, à mon quotidien. J’abandonne donc mon chapeau de prof pour en revêtir un nouveau, avec tous les défis et les difficultés qui viennent avec.  C’est donc la tête haute, remplie de fierté, que j’assume qu’à 26 ans, je ne veux plus enseigner.

Tags:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *