« Pis toi ma belle, c’est pour quand? »

Je n’ai peut-être que 28 ans, mais je ne peux même plus compter le nombre de fois où cette question inconfortable m’a été posée. Le temps des fêtes, une période de rassemblement avec les gens qu’on aime, est maintenant devenu pour moi une période de peur. Un temps où les discussions de types small talk et les séries de questions sur nos vies sont à l’honneur.

Oui, ça va bien au travail. Oui, oui, tout le monde est fin. Non, je ne suis pas trop dure envers mes élèves. Oui, oui je suis contente de mon choix… Je voulais être pharmacienne avant de couler ma physique 3 fois… Oui, je travaille encore au resto. Parce que j’aime ça. Oui, la famille va bien. Tout le monde est en santé…

Bref, vous voyez l’image. Tout ça en regardant la marmaille jouer avec la montagne de boites et les restes de papier emballage au lieu de leurs beaux gros joujoux neufs…

Jusqu’au moment où ma tante Ginette (nom fictif) se retourne vers moi et me pose LA question. Celle que je ne voulais pas entendre, celle qui ne se pose pas (genre JAMAIS!), celle qui, si banale qu’elle puisse paraitre, m’atteint comme une gifle au visage.

« Pis toi ma belle, c’est pour quand ? »

Je mords ma lèvre inférieure, je termine mon verre de vin d’une seule traite et je m’en ressers un autre pour étirer le temps… Elle ne veut pas me mettre mal à l’aise, ma tante Ginette, elle jase c’est tout. Elle se dit, comme plusieurs autres, que ça s’en vient surement bientôt. Après tout, j’ai 28 ans, un copain stable, une maison, un diplôme et une bonne job… Dans son temps, ça en prenait moins que ça avant que l’usine à bébé commence sa production.

Bref, le temps file et je sens le regard de ma tante sur moi toujours en attente d’une réponse. Je reprends une gorgée de courage et je lance « jamais, ma tante, jamais ».

Ma tante me lance un regard un peu penaud avant de répliquer avec LE mot que je ne souhaitais pas entendre sortir de sa bouche : « POURQUOI »? Est-ce que j’ai vraiment besoin de me justifier? Est-ce que j’ai vraiment besoin de me faire comparer aux autres de mon âge? Est-ce que j’ai besoin d’entendre parler de toutes celles qui rêvent d’avoir des enfants, mais qui en sont incapables? Est-ce que j’ai besoin de savoir que je passe à côté de quelque chose de plus grand que nature ou que je vais priver mes parents d’être grands-parents à leur tour?

Je pourrais bien sortir mille et une raisons pour l’éclairer sur le pourquoi je ne veux pas d’enfants, mais il y en a une qui veut littéralement hurler dans ma tête : ne pas avoir besoin d’une raison. Après tout, c’est une décision qui demeure ultimement personnelle à savoir ce que je fais ou non avec mon corps. Je ne devrais pas avoir peur de répondre « jamais » à qui que ce soit pour avoir peur ensuite d’un débat existentiel sur ce qu’est supposé ou non être le plus beau cadeau de l’univers.

Certains disent que je suis égoïste, d’autres que je suis sage. Certains disent que je ne peux pas comprendre, d’autres que j’ai tout compris.

Ce que je déplore surtout ce sont ceux qui sentent le besoin de me faire un procès en pensant qu’ils savent mieux que moi ce que je veux ou ne veux pas.

Je ne veux pas d’enfants parce que je n’en veux pas. Je ne devrais pas avoir à illustrer mon raisonnement ou même avoir une raison du tout.

Pour les curieux, cette fois-ci, je m’en suis sortie sans trop de misère. Ma tante n’a pas parti de débat. Elle s’est contentée de répondre : «ah, tu vas voir quand le moment sera venu… » (Oui, oui, c’est ça ma tante).

Tout ça pour dire que demander à quelqu’un quand est-ce qu’il va ouvrir la shop à bébé c’est comme demander à une femme un peu ronde c’est pour quand sans savoir si elle est enceinte : ça ne se fait pas point final.

Tags:
Previous Post

L’enseignement: mon rêve versus la réalité

Next Post

Cheers à 2019 et à tous vos projets!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *